Algie

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Ils allaient le pendre à l’aube. Liam le savait aussi sûrement que le jour se lèverai, qu’il le veuille ou non. Puis ils laisseraient son corps se balancer au bout de la corde pendant des semaines, ses chairs abandonnées aux becs avides des corbeaux, comme un avertissement macabre à tous ceux qui passeraient devant son cadavre. Et ils n’auraient pas le choix puisqu’il se trouverait sur la place du marché, au cœur même de l’enceinte du château de la petite cité d’Aghaidh Mhòr. Il le savait parce qu’il avait écouté les coups de marteau sur l’échafaud qu’on préparait pour lui, musique lancinante et funèbre. Il le savait parce qu’à travers la petite ouverture tout en haut du mur est de sa cellule, les geôliers hilares le lui avaient crié, quand ce n’était pas des paysans eux-mêmes. Des gens qui n’étaient pas plus que lui. Ils s’efforçaient de croire que son exécution n’était pas une mise en garde, mais un spectacle qu’on leur offrait.

Cette petite ouverture, un carré de moins de dix pouces de côté situé hors de sa portée laissait la lumière pénétrer son cachot sombre et humide et lui avait permis de compter les jours passés ici : cinq quand son dernier se lèverait dans quelques heures. Combien il aurait voulu, dans les petits matins froids, s’asseoir sous le rayon tiède du soleil levant, mais cette ouverture servait aussi d’urinoir, ou pire, à ses gardiens qui avait le sens de la plaisanterie. Dès le moment où on l’avait poussé dans sa dernière demeure, il avait senti l’odeur âcre et nauséabonde qui s’élevait de la paille moisie. Il s’était donc assis contre le mur opposé et avait tenté de dormir cette première nuit, les jambes repliées contre la poitrine, la tête posée dans le creux de ses bras. Mais Liam ne ferma presque pas les yeux : il vit le néant se muer en obscurité, l’obscurité en pénombre, et enfin la pénombre en jour. Il se leva et plongea ses mains dans le rayon de lumière, baigna ses doigts engourdis dans sa chaleur bienfaisante, en prenant garde de ne pas poser le pied dans le tas d’excréments. Lorsqu’il se retourna, il vit qu’il n’était pas seul et ne put s’empêcher de sursauter. Un homme dormait encore, allongé le long du mur du fond. Il ne l’avait pas entendu respirer, ronfler ou bouger de toute la nuit. Puis il remarqua les os saillants sous la cape sale, ce corps tordu. Il comprit mais ne put s’empêcher de lancer un « Hé !» incertain et rauque. « Hé, l’ami ? »

Mais l’homme ne fit aucun mouvement. Liam s’approcha, se pencha sur son compagnon et alors que ses doigts n’étaient plus qu’à deux pouces de son épaule, il eut un mouvement de recul. Ses yeux s’étaient habitués à l’ombre : cet homme était là depuis un moment. Ce n’était plus qu’un squelette, moulé dans des lambeaux de vêtements pourris.

 *

Dans les comtés de Cèilidh traversés par Liam, on le connaissait sous le nom de Liam le Barde, Liam le Pèlerin, ou encore le Voyageur, et parfois même Liam le Vagabond. Comme tous les membres de sa confrérie, il allait de bourg en bourg et en échange d’un peu de nourriture, de quelques sous, ou d’un abri pour la nuit, il rapportait les nouvelles du pays qu’il chantait ou récitait dans les auberges, au cours des banquets de seigneurs locaux, ou parfois simplement dans la maison la plus grande d’un hameau où tous les habitants se rassemblaient devant la cheminée, et annonçait qui s’était marié, quelle femme avait eu un enfant, quel seigneur avait levé une armée, ou qui n’était plus de ce monde. Cette vie pouvait être pénible, mais Liam l’aimait. On s’exposait aux aléas du temps, à la pingrerie de ceux qui écoutaient les ballades, aux brigands qui vous détroussaient dans les bois et qui, parfois, vous épargnaient. Mais il se sentait libre, tenu à aucun seigneur, avec pour seule mission celle de rencontrer les gens sur sa route, et prendre des nouvelles autant qu’il en donnait. Grâce à lui, Cèilidh, dont la plupart des habitants n’avait jamais vu les frontières, se trouvait un peu rapetissée. Le monde prenait un sens pour son auditoire.

Mais… il ne faisait pas bon être barde par les temps qui couraient. Si tout le monde avait attendu les ménestrels errants, les avait accueilli avec plaisir et espoir, du simple serf au plus riche manant, du petit bourgeois au plus puissant seigneur, il n’en était plus toujours de même. Car depuis peu, certains bardes prenaient très à cœur cette « mission », et donnait à ce mot toute sa signification. Liam en faisait partie. Ils ne répétaient plus simplement si la Marie avait fauté, si le Grosjean s’était battu avec son frère ou si le Seigneur d’Avon avait trouvé sa princesse… non, ils composaient des ballades d’un genre nouveau, dont les rimes leur venaient du fond du cœur, du fond de l’âme : leurs pensées les plus secrètes. Ils exhortaient à la libre opinion.

Liam avait commis un chant récemment, si subtil, si drôle et si tendancieux, si délicieusement irrévérencieux envers le pouvoir, que sa tête avait été mise à prix dans un comté au moins, et que sa venue était aussi attendue que crainte. Car quiconque l’accueillerait serait passible de la même peine que lui. Secrètement héros et rebelle pour certains, traître pour les autres, ou tout simplement fou pour la plupart, puisqu’incompris, il avait repris la route par des chemins de traverses, coupant par les Landes Élevées, vers les régions les plus désertes de Cèilidh.

Il arriva devant les lourdes portes de bois d’Aghaidh Mhòr, la dernière cité du Nord, déjà closes à cette heure tardive. Il ne serait pas sans danger d’y pénétrer, mais il lui fallait acheter de nouvelles flèches : la dernière s’était brisée contre un rocher deux jours plus tôt.  Et bien que les lagopèdes et tétras fussent nombreux, il était plus facile de les chasser avec un arc qu’à l’aide de pièges, et des branches pour fabriquer des flèches soi-même n’étaient pas le genre de ressource qu’on trouvait facilement sur les landes.

Liam aperçut le mot placardé contre l’un des battants : MENDIANTS, VOLEURS, ASSASSINS, ON VOUS CRACHERA DESSUS. BARDES, ON VOUS PENDRA. Il songea à sa harpe qu’il ne portait plus en bandoulière mais cachée dans sa besace, avec un sentiment mêlé de rage et de crainte. Il ne voulait pas se taire, il ne voulait plus se cacher… mais comment parler si l’on était mort ? Il fallait d’abord manger, se reposer, trouver un endroit sûr. Ensuite, il reprendrait l’écriture.

Il frappa la porte de bois à l’aide de son bâton de marche et attendit avec angoisse. Jamais il n’avait été aussi loin au Nord, personne ne le connaissait ici. A priori. Il entendit du mouvement et quelqu’un cria : « Qui va là ?

– Je m’appelle Iain, je suis marchand », répondit Liam.

Le gardien ouvrit un petit battant de bois à hauteur d’yeux, souleva une lanterne pour éclairer celui qui avait probablement dérangé son sommeil.

« Où est ta marchandise ?

– On me l’a volée. Plus au Sud, dans la vallée de Cohman.

– La vallée de Cohman ? s’étonna le gardien. Ça fait un bout de chemin. »

Liam sentit sa gorge se serrer. C’est le seul nom qui lui était venu.

« Après l’attaque, je me suis enfui. Je suis monté vers le Nord. J’aimerais juste trouver un abri pour la nuit. »

Le battant claqua, et pendant un moment il crut que le gardien ne lui ouvrirait pas. Mais soudain, l’une des portes s’entrebâilla avec un grincement. Il se faufila dans l’ouverture et observa l’homme qui lui avait parlé. Il portait une masse dans sa main et un vieux glaive à la ceinture, et bien que Liam ait marché dans les landes depuis plusieurs jours, il était moins sale que lui.

« Il y a une auberge encore ouverte dans la rue principale, dit-il en refermant. Le dernier relais.

– Le dernier relais ? ne put s’empêcher de s’étonner Liam.

– C’est parce qu’après çui-là, y en a plus d’autre », expliqua le gardien, mais Liam ne vit pas en quoi cela le faisait paraître moins inquiétant.

Il décida de ne pas pinailler, il s’en voulait déjà suffisamment de s’être fait remarquer, et se contenta de le remercier en utilisant la langue du Nord, espérant se faire passer pour quelqu’un de la région : « Mòran ». L’homme ne parut ni enchanté, ni surpris : il se contenta de l’ignorer et retourna dans sa cahute en lâchant un vent monumental.

Liam remonta la rue principale plongée dans le noir, sauf par intermittence, là où brûlaient des torches accrochées aux bâtisses les plus imposantes. Il se demanda s’il n’aurait pas dû se contenter de dormir dans une grange de paysans, dans le hameau plus bas sur la route, avant la cité, et de ne venir ici que le jour suivant. Il était trop tard. Le murmure lointain d’abord, puis plus distinct lui parvint en se rapprochant de l’auberge : les voix d’hommes avinés. Il prit son courage à deux mains et entra d’un air aussi détendu qu’il le pouvait. Mais rien à faire, dans ce genre de petite cité, plus un gros bourg qu’autre chose, un étranger ne passait jamais inaperçu. Le silence se fit, on se retourna pour l’observer. Il marcha jusqu’au comptoir sans paraître porter attention aux regards inquisiteurs, sortit une pièce de sa bourse et la posa devant le tenancier.

« Salut l’aubergiste. Une cervoise s’il te plaît. »

L’homme prit la pièce, l’étudia une seconde puis la fit disparaître si vite que Liam n’aurait pu dire s’il l’avait faite glisser dans sa manche, dans sa poche ou sous le comptoir. L’aubergiste fit couler la bière dans une chope, et peu à peu, les conversations reprirent.

« T’es pas du coin, l’ami, dit-il en lui servant sa boisson. Tu viens d’où ?

– Inbhir Nis, mentit Liam. Je m’appelle Iain.

– Inbhir Nis ? Pas la porte d’à côté… et t’as pas l’accent.

– Ah ? Peut-être parce que je voyage beaucoup…

– Tu fais quoi ?

– Je cherche un endroit pour dormir cette nuit, répondit Liam en faisant exprès de se méprendre sur la question. Et il me faut de nouvelles flèches pour mon arc, ajouta-t-il en montrant son arme. Tu sais où je peux trouver ça ?

– Bien sûr. Mais tu trouveras plus ça cette nuit. Faudra aller chez l’armurier, sur la place du marché.

– Mòran, mon ami », dit Liam en levant sa chope, et se retourna vers la salle pour éviter de nouvelles questions gênantes.

Moins il en dirait, mieux cela vaudrait.

*

Plus tard, dans son cachot humide, Liam songea qu’il en avait trop dit, malgré tout. Cette première journée, il la passa à trembler de froid, de fatigue et de peur, à penser à l’affiche sur les portes de la cité, BARDES, ON VOUS PENDRA, s’efforçant de croire que cela n’était qu’une simple menace destinée à effrayer les ménestrels et à leur faire rebrousser chemin. Pourquoi ne l’avait-il pas fait ? Le deuxième il pensa que peut-être on le laisserait mourir ici, comme son silencieux compagnon de cellule, et il se décomposerait à son tour après s’être tordu dans les affres de la soif et de la faim. Mais on vint lui jeter un quignon de pain rassis et un bol d’eau. Ils allaient le garder en vie, un moment encore. Le troisième jour, il comprit qu’on allait faire de sa mort un exemple. Il allait payer pour tous ses semblables, poètes, musiciens, colporteurs de nouvelles, mais aussi pour tous les hommes qui seraient assez fous pour fomenter des plans contre le pouvoir, ou simplement pour oser penser par eux-mêmes. Il entendit un bruit de pas et leva les yeux vers l’ouverture près du plafond. Le jet doré scintilla dans le rayon de lumière et explosa en mille gouttelettes sur son tas répugnant.

« Hé, vagabond ! lança le geôlier de là-haut. Ça va ? Tu t’ennuis pas trop avec ton ami ? »

Le gardien et celui qui l’accompagnait partirent d’un fou-rire que Liam entendit encore longtemps après qu’ils se furent éloignés dans la cour. Il posa les yeux sur les ossements de l’autre côté de la cellule, résigné, et se mit à composer la ballade que personne n’entendrait jamais : La fin pitoyable de Liam le barde, en compagnie d’un squelette en hardes. Il se mit à rire à son tour, un rire nerveux qu’il ne put pas contrôler, se disant qu’il y aurait bien quelques rimes à tirer de ces pluies dorées qui tombaient régulièrement sur la paille de sa cellule.

C’est à ce moment-là que le squelette bougea.

*

La cervoise était bonne et Liam en fut surpris. Jusqu’ici, rien ne lui avait plu dans cette cité, mais de là à faire une halte au dernier relais, se dit-il, autant y boire une bonne bière, en effet !

Il laissa son regard aller de tables en tables, de visage en visage. Il y avait du monde, les éclats de voix et les rires fusaient dans le nuage de fumées des pipes que les hommes ne cessaient de rallumer, et plus personne ne semblait faire attention à lui. Tant mieux.

« T’as dit que tu faisais quoi déjà ? »

Liam se retourna, une tension glaciale lui saisissant le ventre. Il sentit littéralement les traits de son visage s’affaisser et s’enjoignit prestement de se ressaisir, espéra produire un sourire et une expression de surprise polie satisfaisante lorsqu’il s’adressa à son interlocuteur. Ce n’était pas l’aubergiste comme il l’avait d’abord cru, mais un vieil homme assis au comptoir juste à côté de lui, à qui il manquait presque toutes ses dents.

« Je vous demande pardon ?

– J’ai dit : t’as dit que tu faisais quoi déjà ?

– Je crois pas avoir dit quoique ce soit.

– C’est vrai, t’as rien dit. C’est pas courant.

– Ah bon ?

– Nan, petit, c’est pas courant. Tous les voyageurs qui passent par ici croient bon de vouloir conter leur voyage, comme si ça nous intéressait. Mais si on avait envie de voyager, on le ferait, pas vrai ? Et si au contraire on pouvait pas quitter cet endroit, hein ? Est-ce que tu crois qu’on aurait envie d’écouter ceux qui peuvent le faire ? »

Avec ses dents en moins et sa langue qui passait tous les cinq mots sur sa lèvre pendante, il n’était pas aisé de comprendre le vieillard, mais Liam saisit le sens général.

« Voilà pourquoi je reste discret.

– Mais si je te demandais ce que tu fais ?

– Je dirais que vous êtes bien curieux.

– Et moi que tu es bien mystérieux. »

Liam laissa échapper un rire, qui en réalité masquait son irritation. L’aubergiste et les clients les plus proches semblaient commencer à s’intéresser à eux, et cela ne lui plaisait guère. Il regrettait plus que jamais de n’avoir pas attendu le matin pour entrer dans la cité, y acheter ses flèches et reprendre la route sans s’attarder. Il songea à quitter l’auberge, mais cela aurait paru plus suspect encore. Il fallait qu’il dise quelque chose.

« Il est marchand », lança quelqu’un.

Toutes les têtes se tournèrent vers l’entrée, celle de Liam la première. Il reconnut le gardien qui lui avait fait passer les remparts de la cité et eut un mauvais pressentiment.

« Ah ouais ? fit le vieux.

–  Oui, répondit Liam.

–  Mais où qu’elle est ta marchandise ?

–  Se l’ait faite voler dans la vallée de Cohman, dit le gardien qui commença à s’avancer dans la salle, sous le regard curieux des clients.

–  Y a des brigands dans la vallée de Cohman ? demanda quelqu’un.

–  La vallée de Cohman ? C’est pas du tout du côté d’Inbhir Nis, ça, nan ? fit remarquer quelqu’un d’autre.

–  Inbhir Nis, demanda le gardien. Il a dit qu’il venait d’Inbhir Nis ? T’as dit que tu venais d’Inbhir Nis ? »

Il avait atteint le comptoir et se campa à côté de Liam.

« Qu’est-ce que tu fichais dans la vallée de Cohman si tu viens d’Inbhir Nis ?

–  Je te l’ai dit. Je suis marchand. Je voyage pour vendre ma marchandise.

–  Ah ouais ? C’est quoi déjà, ce que tu vends ?

–  L’a pas dit non plus », intervint le vieux.

L’attention de toute la salle était sur lui, maintenant. Il sentait physiquement le poids de leur regard, ces hommes qui n’avaient pas espéré d’autre animation que leurs habituelles discussions au dernier relais. Mais là, les choses promettaient d’être beaucoup plus intéressantes.

« Hein ? C’est quoi que tu vends ? » répéta le gardien.

Quelque chose allait de travers. Pourquoi cette agressivité soudaine ? Pourquoi toutes ces questions ?

« Je vends…

–  Ouais ?

–  Des…

–  Ouais ?

– Des arcs.

– Des arcs ? s’étonna l’aubergiste.

– Oui. Des arcs et des flèches. C’est ça que les voleurs m’ont pris. Toute ma marchandise. C’est pour ça qu’il faut que j’en rachète. »

Un lourd silence accueillit sa réponse.

« Des arcs, hein ? murmura le gardien.

– C’est ça. »

Tu vas me fiche la paix ? pensa Liam. Fiche-moi la paix, espèce de foutu abruti, maintenant !

« Tu sais quoi ? demanda le gardien, mais il n’attendait pas de réponse, et Liam ne lui en donna pas. Moi je crois qu’on devrait jeter un coup d’œil dans ta besace. »

Le vide se fit dans la tête de Liam. Sa besace. Il savait. Comment pouvait-il savoir ? Quelqu’un lui avait dit. Quelqu’un l’avait reconnu. Il dévisagea les hommes les plus proches, il tenta de voir plus loin, au-delà du nuage de fumée.

« Ouvre ta besace. »

C’était un ordre. L’homme était à présent ouvertement menaçant.

« Ouvre ta besace et montre-moi cette harpe, barde. »

Un murmure parcourut l’assemblée, les hommes les plus éloignées se levèrent et s’approchèrent pour voir ce qui allait se passer. Liam ne reconnut aucun d’entre-eux.

« On ne s’est jamais vu, je me trompe ? demanda Liam.

– Non, dit le gardien.

– Alors, qui ?

– Ouvre cette besace. Tout de suite, Liam le Barde. »

Cette fois des exclamations de surprise résonnèrent contre les murs de la salle. Liam chercha la sortie du regard, les fenêtres. Elles étaient toutes trop loin et bloquées par les spectateurs. Le gardien sourit. Inutile d’essayer de se battre, il n’aurait jamais le dessus sur tous ces hommes. Liam soupira, posa sa besace sur le comptoir, et l’ouvrit. Le visage du garde s’éclaira.

« Une harpe, dit-il.

– Oui, une harpe, déclara sèchement Liam. Et alors ? Je n’en ai pas joué. Je n’ai gêné ou insulté personne, pas vrai ?

– Tu es un barde.

– Oui, je suis un barde, et qu’est-ce que ça peut faire ? Je n’ai pas donné de nouvelles, je n’ai pas demandé d’argent.

– Moi, je t’en donne, des nouvelles : le voyage du pèlerin s’arrête ici, à Aghaidh Mhòr. »

Liam fonça. Son épaule percuta le menton du gardien qui partit en arrière avec un grognement étouffé. Il frappa le premier visage qui se flanqua devant lui, le deuxième, plongea au sol, évita deux ou trois clients et parvint à se redresser au milieu de la bousculade. Tout le monde criait, tendait les bras vers lui. Il vit une chaise, il vit une fenêtre. D’un bond il fut sur la chaise et s’apprêta à plonger, espérant que la vitre ne provoquerait aucune blessure grave. Protège tes doigts, pensa-t-il.

Mais il n’atteignit jamais la fenêtre. Quelqu’un l’attrapa par la jambe et il tomba lourdement sur le sol. Le souffle coupé, il ne put rien faire contre la masse d’hommes qui s’abattit alors sur lui.

 *

Il ne saurait probablement jamais qui l’avait dénoncé. Mais est-ce que cela avait encore de l’importance ?

Par l’ouverture près du plafond, la lumière commença à changer, ce moment de l’aube où le ciel s’éclaircit bien que le soleil soit encore bas derrière l’horizon. La promesse d’un jour nouveau. Dans la cour il y avait du mouvement : les spectateurs commençaient à s’y presser pour se réserver les meilleures places. Les commerçants et les paysans se frottaient les mains d’avance : déjà, on achetait des pommes et des noix pour faire passer le temps, et les premiers appels pour attirer le client tiraient les plus endormis de leur torpeur : il fallait écouler autant de marchandise que possible avant la pendaison, car si l’excitation était toujours à son comble au début, elle retombait bien vite après une exécution, lorsque la vessie du pendu se vidait sous l’échafaud.

Ils n’allaient plus tarder, maintenant. La lueur devint rose, et le rayon qui passait par l’ouverture semblait être un morceau d’arc-en-ciel d’une brillance surnaturelle, brisé et planté dans l’atmosphère froide et noire de la cellule. Liam entendit distinctement leur pas claquer sur les marches de pierre, il entendit leur voix tandis qu’ils s’approchaient inexorablement. Rien ne les ferait plus rebrousser chemin. Plus que quelques instants maintenant, et ils allaient entrer dans sa geôle, chasser l’ombre et le rayon matinale à la flamme de leur torches. Ils le forceraient à se lever, à marcher, ils le pousseraient dans la cour sous les huées et les jets de fruits avariés, lui feraient grimper les marches de l’échafaud construit tout exprès pour lui, le placeraient sur la trappe, le nœud coulant immobile au-dessus de sa tête, dans l’air plus figé encore alors que tout le monde retiendrait son souffle dans un singulier moment de mimétisme. Peut-être lui demanderaient-ils s’il avait une chose à dire avant de rencontrer son dieu, ou peut-être n’en prendraient-ils pas le risque : ces bardes valaient mieux silencieux, qu’on lui coupât la langue ! Qu’on lui couvrît le visage ! Et Liam, pensant à tout cela, se mit à sourire.

 *

Il pensa avoir rêvé. Ou pire : peut-être perdait-il la raison ? Et le squelette bougea encore une fois.

Il perçut le tintement sec et creux d’ossements qui s’entrechoquent, ce qui lui rappela de façon incongrue ce jeu auquel il jouait enfant. Le tissu pourri tendu sur l’arête saillante d’une épaule se déforma, s’enfonça, se bomba à nouveau. Et tout à coup, une tête minuscule jaillit, moustaches frémissantes, narines humant l’air. Une souris. Liam expira, se détendit, et commença à rire de sa propre peur. La souris s’immobilisa, remarquant soudain sa présence. Il se tut. Aussi bête que cela puisse paraître, il ne voulait pas qu’elle s’en aille. En trois jours, c’était la seule présence vivante avec laquelle il partageait cet enfer, en dehors du bref moment où un gardien muet venait lui jeter son croûton de pain. Mais elle disparut en un éclair derrière la cape pourrie, dans un grattement à peine perceptible, et Liam fut seul à nouveau. Déçu, il s’adossa contre le mur, laissa sa tête retomber sur ses genoux.

Il attendit, observa désespérément la lumière du jour changer, l’obscurité de sa cellule passer du noir au gris et du gris au noir. Au cours de la nuit, il se promit de donner un nom à cette souris si elle pointait à nouveau le bout de son nez. Algie, c’est ainsi qu’il l’appellerait.

Au petit matin, son dos lui faisait mal : l’humidité, cette position inconfortable depuis des jours. Il s’étira, se leva, fit quelques pas et s’appuya dos au mur. Il l’entendit avant de la voir, à croire que ses sens s’étaient développés dans cette pénombre permanente. Il se laissa glisser le long de la paroi et se saisit d’un reste de son quignon de pain rassis. Il l’effrita sous ses doigts, et lorsque la souris sortit de sous le squelette, lui en jeta quelques miettes. La souris fit un bond en arrière… mais ne se sauva pas. Le museau en l’air, elle avait probablement sentit la nourriture.

« Viens, Algie, murmura Liam. Viens. »

Il jeta encore un peu de pain. Algie hésitait. Puis elle se fraya un chemin au milieu de la paille. Un petit bond à droite. Un coup d’œil. Un petit bond à gauche. Un coup d’œil. Une pointe tout droit. Un coup d’œil. Son corps tremblait. Sa poitrine gonflait au rythme de sa respiration saccadée.

« C’est ça, viens, Algie. Je ne vais pas te faire de mal. »

Et la souris saisit une miette de pain entre ses dents, avant de s’enfuir. Liam resta un long moment sans bouger, mais elle ne revint pas. Il soupira, secoua la tête, et se réinstalla à sa place.

Dans l’après-midi, il se réveilla en sursaut, la nuque endolorie.Algie se tenait à moins de trois pieds de lui, dans une posture comique, assise sur ses pattes arrière, un morceau de pain entre les pattes avant, et le regardait fixement, surprise qu’il se soit réveillé.

Liam sourit, mais n’osa pas parler. Ils s’observèrent un long moment et doucement, tout doucement, Algie commença à ouvrir la bouche, comme si elle se demandait si elle devait détaler, ou grignoter cet alléchant morceau de pain pourri. Elle opta brusquement pour la deuxième solution, mâchouillant avec avidité, toujours installée sur son arrière-train et sans quitter Liam des yeux. Lorsqu’elle eut finit, elle ne bougea pas. Attendait-elle encore quelque chose de sa part ? Liam remarqua alors le morceau de pain près de sa main.

« C’est ça que tu veux ? »

Algie se laissa retomber à quatre pattes. Liam prit le morceau de pain d’un geste aussi lent que possible.

« Tiens, dit-il, attrape ça. »

Il tendit une miette de pain entre ses deux doigts. Algie se dressa sur ses pattes arrière, reprit sa position ventre à terre. Elle hésitait.

« Viens… Je ne vais pas te faire de mal ».

Elle s’approcha. Mais à environ deux pieds de lui, elle s’immobilisa et ne sembla plus prête à faire un pas. Liam lui lança le pain. Elle bondit, le saisit promptement dans la paille et s’assit à nouveau dans cette hilarante position, et recommença à manger. Le manège dura ainsi un bon moment, sans qu’elle ne s’approche plus. Puis soudain, elle décida que cela avait assez duré et fonça jusqu’au squelette. Elle s’arrêta tout aussi brusquement, et se retourna pour le regarder.

« Tu t’en vas déjà ? » demanda Liam.

Algie fit frémir ses moustaches, et pfiou !, disparut derrière la cape.

« Au revoir, Algie », murmura Liam.

Il regardait le squelette. Reviendrait-elle ? Veinarde, à pouvoir sortir d’ici comme elle le voulait.

Liam se redressa. Le sourire avait disparu de son visage. Comment sors-tu de là ? En deux pas, il fut sur le squelette, hésita une seconde, puis le traina vers lui. Son cœur se mit à tambouriner contre sa poitrine.

« Algie, tu es géniale ! » dit-il dans un souffle.

Il y avait un trou ici, une pierre descellée du mur. Il l’attrapa, tira. Elle bougeait. Difficilement, mais elle bougeait. Il tira encore, se mit à gémir, et soudain jeta un œil à la porte de sa cellule. Surtout, ne pas faire de bruit.

Il trouva une meilleure prise, mais rien n’y fit. Il changea alors de méthode, poussa le squelette de côté et s’assit à même la paille. D’un coup, il envoya son talon contre la pierre. Ses chaussures de feutre ne firent pas de bruit, et la vibration sourde qu’il crut entendre dans le mur n’était probablement que le fruit de son imagination. Il tendit l’oreille… Rien dans le couloir. Et recommença. Cette fois, elle s’enfonça. Oui ! Il donna un nouveau coup de pied, et la pierre disparut à l’intérieur du mur.

« Hé, qu’est-ce que tu fiches là-dedans ? »

Liam fit précipitamment glisser le squelette devant le trou et roula jusqu’à sa place habituelle.

« Je veux sortir ! », cria-t-il.

Un rire mauvais lui répondit.

« Tu sortiras bien assez tôt ! »

Il attendit un moment qu’il jugea assez long avant de retourner au squelette. Le trou n’était bien évidemment pas assez grand, une quarantaine de pouces de large sur une dizaine de haut. Il fallait ôter au moins deux pierres encore pour qu’il puisse se faufiler dans l’ouverture. Il agrippa les blocs à deux mains, mais ils ne bougèrent pas. Il lui fallait des outils. Il n’y avait rien autour de lui… Ces os ? Il en attrapa un assez long, fit une grimace en le voyant se détacher du reste du corps, et commença à gratter le mortier. Le bruit lui sembla atrocement fort, mais il n’arrêta pas pour autant, sauf par moment, pour s’assurer que personne ne venait. Le gardien devait s’être éloigné. Bientôt il fit trop sombre pour y voir quelque chose, mais il continua jusqu’à ce que l’os soit émoussé. Il en prit un autre et continua toute la nuit, explorant le mur de ses doigts, tâtant le mortier. Le lendemain, il entendit qu’on commençait à construire son échafaud.

Il regagna sa place dès qu’il entendit le geôlier qui venait lui donner sa ration quotidienne et observa le squelette avec angoisse. Allait-il remarquer qu’on l’avait déplacé ? Liam avait l’impression qu’il s’était affaissé et ne formait plus qu’un tas qui n’avait plus rien d’humain sous sa cape. Mais l’homme lui jeta le pain sur la paille et renversa son bol d’eau sans s’y intéresser.

« Bah, t’en auras plus besoin. Tu entends les coups de marteau là-dehors ? C’est pour toi. »

Il mima une corde qu’il tendait au-dessus de sa tête et tira la langue, avant d’éclater de rire et s’en aller.

Liam retourna au squelette, recommença à gratter. Lorsque la nuit tomba, son dos lui faisait mal, ses doigts étaient gourds et ensanglantés, sa nuque endolorie… et les pierres ne bougeaient pas. Ils allaient le pendre au petit matin. Des larmes de désespoir tracèrent des sillons sur ses joues sales. Mais il n’abandonna pas. Il gratta encore, tira, frappa, tenta de faire pivoter les pierres pour les déloger.

Au milieu de la nuit, le mortier céda. Il en fut si surpris que pendant un moment il ne bougea pas. Puis, tendant les bras dans le noir, il sentit l’ouverture dans le bas du mur. En se mettant à plat ventre, il pouvait s’y faufiler. Il glissa sur le sol et entra presque tout de suite tête la première contre un autre mur, et fut saisi de panique. Tout ça pour rien ! Mais il réalisa aussitôt qu’il se trouvait dans un espace, certes étroit, entre deux murs, qui se poursuivait cependant sur sa gauche et sur sa droite.

Il fallait réfléchir. Liam avait toujours eu un bon sens de l’orientation. Lorsqu’il s’était approché d’Aghaidh Mhòr, et quand on l’avait mené vers le château sur la place du marché, il avait remarqué les fortifications qui l’entouraient. Du côté extérieur de la prison et de la cité, il y avait des douves. Du côté cour, ce n’était pas le cas.

Il prit à droite. Mais après quelque pas à tâtonner dans le noir, il se trouva face à nouveau un mur. Pas moyen de passer. Il n’avait plus le choix, il fallait aller côté douve, en espérant qu’il y ait un passage. Sinon, il n’aurait plus qu’à retourner dans sa cellule. L’obscurité commençait à lui peser. Si seulement il pouvait voir où il allait, si seulement il pouvait courir !

Il rebroussa chemin, toujours les bras tendus devant lui et après quelques pas estima être à nouveau à hauteur de son cachot, sans ralentir pour autant. Il trébucha sur quelques pierres, puis sentit le sol s’incliner et descendre en pente douce, jusqu’à mettre les pieds dans une eau glaciale qui le pétrifia. Non ! Oh, non ! Un mur d’un côté, l’eau de l’autre. Il était pris au piège !

Mais attends, se dit-il. De l’eau ici, entre les deux murs ? Il en était certain, à main gauche, derrière cette paroi de pierres, il y avait les douves, cela ne faisait aucun doute. Si l’eau montait jusqu’ici, c’était qu’il y avait un passage. Et s’il était assez grand…

Il avança, sentit l’eau s’enrouler autour de ses chevilles, puis de ses mollets, atteindre ses genoux.

Et le sol se déroba sous ses pieds.

Il s’enfonça dans l’eau jusqu’au-dessus de la tête, émergea en inspirant avidement l’air. Le froid le saisit, le paralysa un instant. Il devait bouger, bouger, surtout ne pas se laisser engourdir ! Il plongea, d’une obscurité à une autre, s’enfonça dans les ténèbres d’eau, touchant le mur sur sa gauche. Il fallait qu’il y ait un trou, il fallait qu’il puisse passer de l’autre côté ! Il chercha, s’enfonça encore, tâta de tous côtés mais ne trouva rien, puis fut pris de panique. Descendait-il encore, ou remontait-il ? Il était perdu. Il lâcha quelques bulles d’air, les sentit remonter le long de son visage : c’était bon, il s’enfonçait toujours, et remercia son père de lui avoir appris à nager. Un bon barde doit savoir nager : tu voyageras sans cesse, et notre pays est parcouru de cours d’eau. Tu dois pouvoir les traverser et nager si tu tombes dans ses lacs. Mais pour l’heure, il commençait à manquer d’air. S’il ne trouvait pas d’ouverture, il était…

Là !

Elle était là. Et assez grande pour le laisser passer tout entier. Il s’y glissa et se laissa remonter de l’autre côté, une ascension qui lui sembla interminable.

Et soudain, sa tête fut à l’air libre.

 *

Ils étaient là, à présent. Devant la porte de sa cellule. Liam pouvait entendre les clés tinter sur leur anneau de fer, s’insérer dans la serrure. Il vit la porte s’ouvrir, les gardiens pénétrer le cachot, torches en avant. Il vit l’incompréhension sur leur visage, puis la stupeur en découvrant le squelette poussé en tas dans un coin, dévoilant un trou dans le mur juste assez grand pour laisser passer un homme de petit gabarit. Comme lui.

Il sourit à l’aurore qui embrasa de rose les parois granitiques d’Am Monadh Ruadh, les Montagnes Rouges. Nul ne savait ce qu’il y avait au-delà de l’impressionnante chaîne montagneuse : elle prolongeait ce que, selon les endroits, on appelait la Haie ou le Mur. Ici, on la nommait plutôt Frontière du Nord. Il n’avait jamais rien vu de plus beau. Et plus à l’Ouest, de l’autre côté de la rivière Spè se dressaient Am Monadh Liath, les Montagnes Grises.

Il avait froid, et se savait chanceux. En hiver, il n’aurait pas pu survivre dans le rude climat d’Am Monadh Ruadh. Or on était en été. Il pouvait encore tomber malade après son passage dans les douves, certes, mais Liam savait s’orienter dans les vastes étendues de Cèilidh, il savait, même si cela présentait plus de difficultés sans flèches, qu’il attraperait quelques coqs de bruyères, qu’il pourrait boire l’eau pure des lacs et des rivières des Landes Élevées. Ils lanceraient des cavaliers à sa poursuite, mais la cité était derrière lui, et pour le moment, il était libre. Liam saurait disparaître dans la nature. Ses pensées allèrent à Algie. Elle mériterait bien le morceau de pain qu’il avait laissé dans sa cellule.

« Mòran, ma chère amie. »

Puis il se mit en route vers les montagnes aux sommets rougeoyants.

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4 réflexions au sujet de « Algie »

    Nami Muxu a dit:
    17 décembre 2013 à 15 h 51 min

    Suite inattendue, mais j’adore !!!!
    🙂

    Stéphane a répondu:
    18 décembre 2013 à 8 h 21 min

    Merci !
    Inattendue, sans le moindre doute 🙂 Nos Chants pourront se lire dans le désordre : seul thème récurrent, ce Mur, cette Haie, et le mystère au-delà… mais peut-être que des personnages réapparaitront, se croiseront, et toutes ces histoires construiront peu à peu le monde fantastique de Cèilidh.
    À présent, il faudra patienter un tout petit peu : les fêtes approchent, et nous vous souhaitons une belle fin d’année ! N’oublier pas Cèilidh 😉 À très bientôt !

    Rémi Caspar a dit:
    13 janvier 2014 à 14 h 56 min

    Quelle bonne idée, dans « Algie » que cette alternance de séquences décalées dans le temps, cela donne du « visuel » au récit, et procure au cerveau du lecteur une gymnastique douce qui moi me ravit.
    Stéphane possède également une qualité rare qui consiste à produire de longues phrases sans nous lasser. Je cite un exemple parmi tant : « Ils le forceraient à se lever, à marcher, ils le pousseraient dans la cour sous les huées et les jets de fruits avariés, lui feraient grimper les marches de l’échafaud construit tout exprès pour lui, le placeraient sur la trappe, le nœud coulant immobile au-dessus de sa tête, dans l’air plus figé encore, alors que tout le monde retiendrait son souffle dans un singulier moment de mimétisme.  »
    L’art du suspense aussi (ça on le savait déjà…) avec par exemple cette tension qu’il nous inflige, pour notre plus grand bonheur, dans la scène de l’auberge où l’on est pris d’une angoisse, de celle-là même qui étreint Liam, comme une peur au ventre, grâce à une maitrise des gestes, des postures, des regards, du questionnement… ( » Liam laissa échapper un rire, qui en réalité masquait son irritation. L’aubergiste et les clients les plus proches semblaient commencer à s’intéresser à eux, et cela ne lui plaisait guère. Il regrettait plus que jamais de n’avoir pas attendu le matin pour entrer dans la cité, y acheter ses flèches et reprendre la route sans s’attarder. Il songea à quitter l’auberge, mais cela aurait paru plus suspect encore. Il fallait qu’il dise quelque chose. « ) Et bien d’autres choses, mais je ne vais pas redire le texte ! Et sans évoquer le savoureux passage qui nous fait découvrir Algie…
    La traversée des douves est un délice, de la même veine que celle du ventre de la Cité du vent.
    Merci l’ami Liam, pour ce… barde show.

      Stéphane a répondu:
      14 janvier 2014 à 23 h 01 min

      Voilà un commentaire qui me laisse muet (et c’est rare!) de gratitude. Surtout lorsque l’on sait de qui il vient !
      J’ai aimé ces bonds dans le temps, faire perdre ses repères (je l’espère) au lecteur pour mieux le retrouver (je l’espère plus encore !) à la fin. J’ai adoré créer ce lien entre Algie et Liam, leur rencontre puis leurs échanges complices et silencieux.
      Je vous salue donc bien bas, cher ami, et vous aussi chers lecteurs, en attendant de vous livrer à tous un nouveau récit, bientôt, bientôt…

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